Quand on parle de l’impact environnemental de la nourriture, on catégorise souvent les aliments de façon très large, peut-être par type de régime alimentaire (végétarien, pescatorien, vegan, etc…) ou macronutriment. La réalité est plus complexe. L’alimentation a de nombreuses subtilités et de nombreuses variables qui peuvent déterminer l’impact d’un régime alimentaire donné. Un article récent, publié en Mai 2021 par Walker et al., examine certaines de ces subtilités, comme la saisonnalité et la zone géographique, pour mesurer les impacts des régimes alimentaires de différentes cultures et de différents pays sur le changement climatique et la biodiversité, dans l’espoir de mettre à jour et d’apporter quelque nuance aux recommendations pour des régimes alimentaires à faible impact. “Les résultats indiquent que bien que les régimes alimentaires optimaux sont similaires, il y a des différences marquées dans la composition détaillée en fonction des pays, de la saison et de l’impact considéré.”
L’étude a utilisé la base de données sur la composition alimentaire de Cance et Widdowson pour développer des métriques par pays et par saison. Ensuite, les auteurs ont collecté ou calculé d’autres considérations dans leur modèle, comme la production saisonnière des récoltes par pays, les impacts de la production alimentaire, des calculs d’impacts du changement climatique et des calculs d’impacts de perte de biodiversité terrestre. Le transport et les échanges commerciaux ont aussi été des considérations clés, qui sépare cette analyse de beaucoup d’études précédentes sur l’impact des régimes alimentaires.
Bien que l’article se focalise principalement sur les résultats de scénarios comparatifs spécifiques (régimes alimentaires recommandés en Suisse par rapport à l’Espagne, ou Août par rapport à Février par exemple), les auteurs ont aussi produit un outil informatique d’optimisation pour générer des recommandations personnalisées de régimes alimentaires fondées sur des prioritées liées à l’impact. Ceci a mené a des considérations très pratiques. Par exemple, les Suisses consomment plus de produits laitiers, et le régime alimentaire recommandé pour la Suisse inclue plus de produits laitiers. Les considérations de mode d’achat et de tendances culturelles ont été intégrées au sein des résultats, rendant cet article unique dans son champ disciplinaire.
Pour ce qui concerne la catégorie des produits de la mer, seuls le hareng et le maquereau, qui se classeraient comme quelques-uns des aliments les plus efficaces en termes d’émission de gaz à effet de serre par gramme de protéine comestible, ont été considérés. Ces espèces de poissons fourrage ont été “trouvées fondamentales pour équilibrer la santé et les impacts.” Les suppléments alimentaires ont été inclus dans les recommendations, cependant, “sans supplémentation, le régime alimentaire à l’impact le plus faible et qui concilie tous les besoins nutritionels n’est pas végétarien ou vegan, mais plutôt un régime qui contient une grande quantité de poisson.” La vitamine D et les omega-3s dans les poissons ont été caractérisés comme, “des nutriments spécifiques qui ne sont pas immédiatement disponibles dans d’autres aliments.” Ce résultat illustre le rôle nutritionel essentiel que tiennent les produits de la mer dans les endroits sans accès spécifique aux suppléments alimentaires.
Malheureusement, en pratique les recommendations alimentaires analysées dans cette étude quant aux produits de la mer étaient limités. Le hareng et le maquereau ne sont pas des espèces de produits de la mer particulièrement dominantes, même dans les régimes alimentaires européens d’Espagne et de Suisse qui y étaient comparés. Les auteurs avaient pour objectif de développer un outil afin d’informer les régimes alimentaires optimaux pour » n’importe quelle zone géographique et saison,” mais l’omission d’autres espèces de produits de la mer dans ce projet laisse perplexe.
Des études antérieures par Hilborn et al. (2018) et Koehn (2020) ont montré la grande variété des indicateurs d’impact potentiel pour différentes pêcheries et fermes d’élevage. La seule mention de ces considérations était que “l’inclusion d’autres indicateurs d’impact environnemental qui capturent mieux les impacts de la consommation de poisson (i.e., perte de biodiversité marine, dommages aux fonds marins) modifieraient probablement les régimes alimentaires vers plus de poissons d’élevage ou de suppléments. Pareillement, la perte de biodiversité en lien avec l’utilisation importante de terres pour le poisson dans cette analyse serait infondé dans le cas de capture sauvage.”
Ceci n’était pas une étude focalisée sur la pêche ou les produits de la mer, alors ces aspects qui méritent plus de recherche sont compréhensibles et n’enlèvent rien à la valeur des outils qui ont été créés. Je serais curieux de savoir si l’étude a commencé comme un regard comparatif jeté sur les régimes alimentaires végétariens, vegan et omnivores avec seulement des aliments terrestres, mais a ensuite pivoté pour inclure le hareng et le maquereau lorsque les auteurs ont réalisé que les produits de la mer étaient un élément clé qui manquait dans la définition d’un régime alimentaire optimal. Les résultats peuvent être inclus comme une brique supplémentaire dans le mur qui s’élève en support aux régimes alimentaires qui incluent des produits de la mer. “Au final, la façon la plus efficace d’avoir un régime alimentaire à bas impact n’était pas végétarien ou vegan, mais plutôt un régime alimentaire qui contenait des types spécifiques de poisson et/ou de suppléments.”

Jack Cheney
Jack has sourced, sold, cooked, and sustainably certified seafood over the past 15 years. In addition to his contributions to Sustainable Fisheries UW, he is working to increase traceability into supply chains and educate consumers, chefs and retailers on the value of environmentally sustainable seafood. He earned a Master's in Marine Affairs from the University of Washington in 2015.



