Que se passe-t’il avec la pêche du Calamar aux îles Falkland ?

Le gouvernement des îles Falkland a annulé toutes les activités de pêche du calamar de Patagonie (Doryteuthis gahi), aussi appelé Loligo, jusqu’à la fin de 2024. C’est la première annulation de ce type pour cette pêcherie, ce qui a surpris certaines parties prenantes. Une campagne de pré-saison de « routine » en juillet a enregistré la biomasse de pré-saison historique la plus basse. Une seconde campagne a rapporté une estimation de la biomasse moyenne sous le seuil minimum de 10.000 tonnes, ce qui a déclenché l’annulation de la saison.

Les rapports sur cette fermeture ont cité la surpêche et la mauvaise gestion comme les facteurs vraisemblables de cette chute soudaine de biomasse. Science a suggéré que des indications précoces étaient évidentes en Août 2023, lorsque l’activité des bateaux de pêche était très localisée, suggérant une population de calamar contractée. Le gouvernement a initialement mis en pause la pêche l’été dernier mais a ensuite décidé de la recommencer en Janvier 2024 (le milieu de l’été dans l’hémisphère Sud), « ce qui a pu pousser les chiffres trop bas », d’après un résumé sur la page de Biologie marine de Science.

SeafoodSource a interviewé le Secrétaire Éxécutif de l’association des compagnies de pêche des îles Falkland, James Bates, qui a dit, “La fermeture précoce de la seconde saison l’an passé et le fait que la seconde saison de cette année n’ait jamais ouvert signifie que nous vivons une période inédite et sans précédent.”

Le calamar de Patagonie est une espèce différente de l’encornet rouge argentin (Illex argentinus). Ce dernier a été au centre de disputes géopolitiques controversées entre la Grande Bretagne et l’Argentine. L’encornet rouge argentin est capturé en haute mer, alors que le calamar de Patagonie est une pêcherie domestique au sein de la Zone Économique Exclusive des îles Falklands. Malgré ces différences claires, certains rapports ont confondu les défis de gestion des deux espèces.

Pour mieux comprendre les facteurs importants de cette pêche de calamar de Patagonie, nous avons interviewé Andreas Winter, le directeur de l’Halieutique pour le département des pêches des îles Falkland. Son rôle précédent était d’être scientifique titulaire pour l’évaluation des stocks, il a étudié la pêcherie de calamar de Patagonie durant les 15 dernières années.

Pouvez-vous résumer les campagnes pour la pêcherie du calamar de Patagonie (Doryteuthis gahi) dans les îles Falkland ?

« Nous avons deux saisons sujettes à licences pour le calamar Loligo chaque année [été et hiver], deux cohortes différentes, deux saisons commerciales différentes. »

« Juste avant le démarrage de chaque saison commerciale, l’un des bateaux qui fera parti de la pêcherie commerciale mène une campagne de 15 jours avec du personnel du département des pêches à son bord, il couvre la zone de pêche entière pour fournir une estimation de la biomasse initiale du stock qui sera présente pour la pêcherie commerciale qui suivra. »

« Nous avons fait une campagne habituelle autour de la mi-juillet et nous avons vu une très faible biomasse. Le bas de l’intervalle de confiance à 95 % autour de notre estimation était sous le seuil de 10.000 tonnes que nous considérons comme la limite de conservation. Après quelques discussions au sein du département des pêches et avec des membres de l’industrie, nous avons décidé qu’il était dangereux pour des questions de conservation d’ouvrir cette saison. »

Quel était le caractère inhabituel de ces résultats de campagne ?

«Nous n’avons pas de campagne de pré-saison aussi basse dans notre historique»

Quels sont les facteurs qui ont contribué à une si faible biomasse ?

« Notre hypothèse est que les facteurs environnementaux et océanographiques étaient la cause première, particulièrement le courant des Falkland, qui balaye depuis le Sud et autour de la marge continental de l’Est. Cette année, le courant était plus proche de la côte que d’habitude. Nous faisons l’hypothèse qu’il a envoyé le recrutement de calamar plus loin au Nord. Les bateaux en haute mer au Nord des îles Falklands ont récemment rapporté des captures de Loligo plus élevées. » 

« Un autre facteur possible que nous investiguons est le merlu. Il y a eu une grande augmentation d’abondance de merlu autour des îles Falkland, qui constitue son propre stock commercial. Mais le merlu est assez omnivore et il mangera n’importe quoi. Nous pensons que c’est un facteur qui a contribué, mais pas autant que le courant des Falklands. »

« Il est important de comprendre que ces calamars ne vivent qu’un an. Quel que soit le moment, le stock n’est en fait qu’une cohorte. Chaque saison, les nouvelles recrues de calamar émergent des les zones de reproduction plus à la côte et se déplacent plus au large vers les zones de nutrition. À ce moment ce sont des juvéniles, mais il n’y a pas de calamar plus âgé issu de l’année précédente. »

« Il est aussi important de mentionner que étant donné que les saisons hivernales et estivales pêchent différentes cohortes de calamar, si on fait l’hypothèse de la surpêche ce qui « aurait pu pousser les chiffres trop bas » ne serait pas tant que la saison hivernale était ouverte comme prévu, mais que la saison estivale précédente n’ait pas été fermée plus tôt. Cet aspect n’a pas été expliqué clairement dans certains rapports. »

« Pour finir, l’article dans Science mentionnait que la saison hivernale de 2023 avait été arrêtée tôt parce que les bateaux pêchaient dans une petite zone. Mais en fait elle a été stoppée à cause de la faible biomasse qui a été estimée. Pêcher dans des petites zones n’est pas inhabituel pour cette espèce, et n’est pas en soi un indicateur de faible biomasse. 

Quel était le caractère inhabituel du courant des Falkland cette année ?

Cette année, l’eau a été plus froide et le courant plus fort que d’habitude. En regardant les 30 dernières années, il y a eu d’autres années froides et des années avec des courants forts, mais la combinaison des deux au même moment semble avoir produit en quelque sorte une « parfaite tempête » au détriment du recrutement de Loligo dans la zone de pêche. »

Dans quelle mesure la pêche illégale ou la surpêche a-t’elle contribuée à la faible biomasse.

Nous ne sommes pas très inquiets de la pêche illégale parce que ce stock de calamar reste proche des côtes. Il n’y a pas de bateau en haute mer ou à la bordure de notre zone qui pourrait pêcher sans être vu. Donc, la pêche illégale, non. »

« La surpêche je ne dirai pas non de manière absolue. S’il y avait eu une biomasse bien plus forte il y a un an, je m’attendrais à ce qu’un plus grand recrutement soit retenu, même avec un courant plus fort qui les balaye vers le Nord. Cependant, la biomasse de l’an passée était assée faible. La surpêche est ainsi possiblement un petit facteur, mais les facteurs les plus sérieux sont les conditions environnementales que j’ai mentionnées. »

Quel impact peut avoir cette fermeture sur l’industrie de la pêche des îles Falkland dans le futur ?

« La fermeture a un impact sérieux parce que c’est un de nos stocks commerciaux majeurs. Plusieurs des compagnies de pêche qui opèrent dans notre pêcherie ont récemment investi dans de nouveaux bateaux, et de nouveaux chaluts industriels, qui sont assez coûteux et nécessitent plusieurs années pour les amortir. C’est un sujet sérieux pour tous. »

Quand aurons-nous une autre campagne pour mieux comprendre la trajectoire de la biomasse de Loligo ?

« La prochaine pêche de Loligo sujette à licence sera la saison estivale qui arrive en Février, qui a été assez bonne ces dernières années. Cependant, cela n’aura peut-être aucun lien avec la saison hivernale et la cohorte hivernale. La prochaine vraie mesure pour la biomasse de la cohorte hivernale sera en Juillet et Août prochains.

Est-ce que vous anticipez des changements de gestion de la pêche pour le calamar dans le futur, en réponse à la faible biomasse de cette saison ?

« Nous allons ré-évaluer le seuil de la biomasse initiale pour voir si elle devrait être plus haute ou plus basse dans l’avenir. Nous allons aussi regarder dans quelle mesure le Loligo est capturé de façon accessoire par les autres pêcheries de poisson qui sont proches. Ce sera un défi car ces calamars sont assez petits et passent assez facilement au travers des filets à poisson, mais nous allons investiguer cela avec soin malgré tout. »

« Est-ce que cette année aura été une occurrence exceptionnelle ou bien une tendance d’un impact plus important du courant des Falkland dans le futur est aussi quelque chose que nous devons suivre. Nous sommes maintenant en train d’entreprendre des analyses pour quantifier la façon dont laquelle cette année était différente et développer des indicateurs adéquats pour le stock de Loligo dans le futur. »

«Nous allons aussi regarder si l’aire de distribution du Loligo a bougé. S’il y a une raison de le croire, nous pourrions redéfinir la zone de pêche de cette pêcherie.» 

Image de Jack Cheney

Jack Cheney

Jack has sourced, sold, cooked, and sustainably certified seafood over the past 15 years. In addition to his contributions to Sustainable Fisheries UW, he is working to increase traceability into supply chains and educate consumers, chefs and retailers on the value of environmentally sustainable seafood. He earned a Master's in Marine Affairs from the University of Washington in 2015.

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