Troisième critique de Sala et al. 2021 publiée dans Nature

Aujourd’hui, Nature a publié sa troisième critique de Sala et al. 2021, l’article de science marine de la dernière décennie qui a été le plus couvert. La publication « officielle » de Ovando et al. 2023 enfonce le dernier clou dans le cercueil de cet exemple de mauvaise science.

Ovando et al. 2023 critique le modèle d’approvisionnement en nourriture proposé dans Cabral et al. 2020—un article depuis rétracté par le même groupe d’auteurs qui a précédé l’article de Sala et al. 2021.

Sala et al. 2021 a utilisé 3 modèles—aucun des 3 n'a résisté a un examen minutieux

Sala et al. 2021 a recommandé plus d’aires marines protégées (AMPs) en utilisant trois modèles informatiques différents pour dire qu’une augmentation des AMPs améliorerait la biodiversité, réduirait les émissions de carbone et augmenterait la production des produits de la mer. Cependant, chaque modèle utilisait des hypothèses bizarres pour mener à leurs conclusions. Par exemple, le modèle de biodiversité faisait l’hypothèse que la création de nouvelles AMPs éliminerait la pression de pêche plutôt que de la déplacer. Cependant, quand on dit aux pêcheurs qu’ils ne peuvent pas pêcher dans une zone, ils ne disparaissent pas, ils pêchent ailleurs. Une critique officielle de cet argument a été publié en Avril 2022.

Le modèle d’émission de carbone est celui qui a attiré le plus d’attention et peut-être le plus incorrect. Pratiquement toutes les organisations médiatiques des États-Unis et en Europe ont fait leur couverture avec Sala et al. 2021 en avançant que le chalutage de fond émettait autant de carbone que tout le transport aérien, mais l’estimation était fausse de deux ou trois ordres de grandeur, soit 100 – 1000x! Leur modèle de carbone faisait l’hypothèse que le carbone stocké dans les sédiments était le même que le carbone dans la couche superficielle qui est perturbé par le chalutage. Notre note explicative du modèle montre combien cette hypotèse était illogique et une étude empirique récente de la perturbation du carbone sur les sites chalutés a mis fin à toute notion de légitimité pour ce modèle. La critique officielle qui rectifie les choses a été publiée en Mai 2023.

Le modèle alimentaire reposait aussi sur de mauvaises hypothèses

Aujourd’hui, Ovando et al. 2023 met sous la lumière les faiblesses du modèle alimentaire utilisé dans Sala et al. 2021.

Sala et al. 2021 a utilisé un modèle de pêche qui avance qu’une augmentation de 5% des AMPs mène à 20% de rendement de pêche supplémentaire. (Pour plus de contexte, ce modèle a été adapté de celui rétracté dans Cabral et al. 2020).  Dans leur critique du modèle de production alimentaire, Ovando et al. 2023 met le doigt sur deux hypothèses du modèle qui ne sont pas raisonnables et qui ont mené à des résultats non plausibles:

  1. La densité-dépendence est une fonction de la taille de la population totale, indépendemment de la façon dont le poisson est réparti dans l’espace.
  2. Les stocks non évalués d’une espèce donnée sont une seule et même population mondiale et qui est interconnectée.

Ovando et al. 2023 dit que “Ces deux hypothèses génèrent des résultats qui ne sont ni cohérents avec les données sources ni écologiquement raisonnables.”

Les hypothèses de densité-dépendence mondiale de Sala et al. 2021 veulent dirent que le taux des naissances pour le cabillaud des côtes norvégiennes sont influencés par le cabillaud des côtes du Massachusetts… ces populations sont séparées par des milliers de kilomètres et n’ont jamais d’interaction !

Ovando et al. 2023 démontrent que l’utilisation d’hypothèses régionales plutôt que mondiales (i.e. le taux des naissances du cabillaud de l’Atlantique est influencé par la population dont elles font partie, non pas par l’abondance mondiale du cabillaud de l’Atlantique) résulte en un rendement maximum durable plus faible de 62% par rapport à Sala et al. 2021. Modéliser à l’échelle régionale est plus correct que modéliser à l’échelle mondiale, et les auteurs de Sala et al. 2021 savaient probablement que comme le souligne Ovando et al. 2023 : “L’hypothèse de densité-dépendence à des échelles locales utilisée dans nos résultats régionaux est courante dans la litérature de modélisation des AMPs, y compris dans des études dont les auteurs sont aussi ceux de l’étude de Sala et al.”, 

Une nouvelle hypothèse du mondial ou régional qui a mal tourné

L’autre hypothèse trompeuse était que les stocks de poisson non évalués (i.e. les populations de poisson qui ne sont pas dans la base de données héritage de RAM) se comportent comme une seule population mondiale et interconnectée. Le choix d’utiliser cette hypothèse a mené à des résultats absurdes: “Les AMPs autour de l’Australie [pourraient] augmenter les captures le long des côtes de l’Amérique du Nord, ou bien une population de poisson donnée peut être affectée par des AMPs dans les Caraïbes et dans les eaux de la Chine.”

Les hypothèses déraisonnables ont mené à des résultats déraisonnables

Les résultats étranges pouvaient se voir sur les cartes publiées dans Sala et al. 2021 qui montraient où les AMPs seraient les plus efficaces pour augmenter la production alimentaire. Les cartes impliquaient une couverture importante par des AMPs autour des États-Unis et relativement peu autour de l’Asie du Sud-Est. Ceci aurait du être pour les évaluateurs un signal formel que quelque chose n’allait pas dans le modèle. Les États-Unis gèrent très bien leurs pêches alors que l’Asie du Sud-Est a beaucoup plus de surexploitation à cause de moyens moins importants pour la gestion et le contrôle. D’après Ovando et al. 2023:

Les résultats mondiaux placent une bonne part de la côte Ouest de l'Amérique du Nord dans le top 30% des zones à protéger, mais omettent une grande partie des côtes de l'Océan Indien et le triangle de corail. Ces résultats s'inversent avec nos hypothèses régionales. Les hypothèses globales de Sala et al. suggèrent que 46% de la zone economique exclusive des États-Unis pourrait être placée en AMPs en augmentant ou maintenant la production alimentaire, alors qu'avec nos hypothèses régionales, ce chiffre tombe à 13%.

Ovando et al. 2023 note que relancer le modèle de Sala et al. 2021 avec une densité-dépendence régionale et en limitant la distribution des populations non évaluées plutôt qu’elles ne soient mondialement interconnectées change significativement le résultat. Ils notent:

Nous ne sommes pas en train de suggérer que les résultats régionaux sont les "bons" résultats. À la place, nous démontrons que les résultats principaux de Sala et al. ne sont pas robustes à des modifications de leurs hypothèses principales.

Dans une réponse à la critique de Ovando et al, Sala et al. notent que leurs objectifs pour l’article étaient de créer un cadre de travail pour « prioriser les AMPs dans les endroits qui mèneront à des bénéfices multiples aujourd’hui et demain. » Mais, comme toute mesure de conservation basée sur une localisation géographique, les AMPs sont très contexte-dépendentes. Enlever le contexte local et régional pour créer une analyse « mondiale » ne rend pas service à la conservation et à la Science en augmentant les incertitudes sous-jacentes. Publier dans Nature et attirer une attention significative des médias masque cette incertitude et crée de la désinformation.

La conclusion de notre couverture de la rétraction de Cabral et al. 2020 subsiste:

La science dans Cabral et al. et Sala et al. est sévèrement incorrecte, mais elle est utilisée pour défendre des politiques publiques. Ces deux articles suivent une tendance récente de publication de prédictions qui utilisent un jeu réduit d’hypothèses (dans un monde très incertain) pour produire des cartes globales qui sont publiées dans des journaux prestigieux et recueillent une attention médiatique et politique considerable.

Les modèles informatiques sont des outils essentiels pour la science et la gestion, mais la précision de leurs prédictions dépend à la fois de la qualité des données et des hypothèses sur lesquelles ils sont fondés. souvent, un problème est tellement complexe que plusieurs hypothèses peuvent être aussi plausibles l’une que l’autre; les lecteurs doivent être mis au courant lorsque différentes hypothèses mènent à des résultats complètement différents.

Les articles de Cabral et al. et Sala et al. ne tiennent pas compte de l’incertitude en faveur de valeurs fixes choisies pour les paramètres de leur modèle. Ils ne tiennent pas compte de l’énorme incertitude de ces paramètres et ne fournissent pas de preuve forte que les valeurs choisies étaient correctes. Les hypothèses et les paramètres font les gros titres, mais sont fondamentalement inutiles pour le futur de la gouvernance des mers et leur durabilité. Nous attendons des décideurs politiques et des gestionnaires des ressources qu’ils prennent des décisions sur la base de la meilleure science disponible. Les hypothèses incohérentes et irréalistes ne le sont pas.

Image de Max Mossler

Max Mossler

Max is the managing editor at Sustainable Fisheries UW.

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