Comment les invertébrés benthiques sont-ils affectés par le chalutage de fond ?

Un nouvel article sorti dans Fish & Fisheries mesure l’impact environnemental du chalutage de fond, montrant que les impacts benthiques peuvent être limités avec une science et une gestion solides. Le chalutage de fond peut être très destructif, alors mesurer, suivre et gérer ses effets est crucial pour une pêche durable.

Pendant un coup de chalut de fond, le bateau coule un filet et le traîne sur le fond. Certains chaluts de fond, comme les dragues à coquilles, creusent le fond sur plusieurs centimètres. D’autres comme les chaluts à panneaux, se déplace à la surface avec le filet maintenu ouvert par deux lourds panneaux en métal qui soit flottent juste au dessus du fond, ou bien glissent sur le fond. Ce qui est capturé par un chalut de fond dépend de la conception du filet, de la taille des mailles et si le chalut creuse le fond ou pas. Les filets sont souvent conçus pour laisser échapper certaines espèces, comme les dispositifs d’exclusion des tortues qui sont standards aux États-Unis. L’impact environnemental du chalutage du fond dépend du fond qui est pêché et du mélange d’espèces sur le fond. 
 
Si le fond contient des espèces qui grossissent lentement comme le corail et les éponges, les impacts du chalutage de fond peuvent être larges, tuant des espèces qui peuvent prendre des décennies à se régénérer. Cependant, la plupart du chalutage de fond est réalisé sur du sable et de la boue, où la régénération du biota benthique est plus rapide.
 
Les captures accessoires est un autre souci. Contrairement aux espèces dans la colonne d’eau qui forment de grands bancs monospécifiques, beaucoup de poissons différents vivent en proche proximité sur le fond de l’Océan. Un chalut de fond ne peut pas les distinguer et il les capture tous. Avec une bonne gestion et un marché sain, la capture accessoire peut être cependant tenue en compte. Plusieurs pêcheries de poissons de fond fonctionnent en faisant des bénéfices grâce aux débarquements multi-spécifiques, pas malgré eux.
 
Cependant, le potentiel du chalutage de fond à impacter les écosystèmes benthiques a mené certaines ONGs à s’y opposer de façon unilatérale. Un argument courant est que même le chalutage de fond sur le sable ou la boue laisse un sillage de destruction et des dommages irréparables au fond marin.
Mais la science n’est pas de leur côté : un nouveu travail de recherche montre que le chalutage de fond sur le sable et la boue a probablement un impact minimal sur la biodiversité du fond sur le long-terme. Un groupe de scientifique mené par le Dr. Tessa Mazor a combiné trois types de données pour modéliser comment les créatures benthiques non ciblées récupèrent après une perturbation par un chalut de fond dans différentes zones.
Dans cet article j’explique les données, comment elles ont été combinées et ce que cela veut dire pour le chalutage de fond et la gestion des pêches dans le monde.
 
Le premier jeu de données fournit les données de localisation des chaluts de fond dans le monde. Une partie de la donnée provient d’observateurs embarqués qui donnent la localisation GPS des coups de chalut, mais une grande partie de la donnée de localisation dans Mazor et al. 2020 provient d’un suivi satellite de la localisation des bateaux via les Systèmes de Suivi des Vaisseaux (Vessel Monitoring Systems, VMS). Avec la donnée de localisation, les scientifiques peuvent cartographier exactement où et avec quelle intensité le fond a été chaluté. Des données plus fines de cette cartographie a été publié il ya seulement deux ans dans Amoroso et al. 2018, un papier que nous avions couvert quand il est sorti.

Ensuite, les chercheurs sont allés sur le terrain pour collecter des données quantitatives de campagne sur différentes régions d’études pour inspecter comment le chalutage de fond impactait la biodiversité benthique (l’article se focalise spécifiquement sur les invertébrés benthiques, qui incluent les vers et les crustacés qui jouent un rôle crucial dans la chaîne alimentaire).

Le troisième type de données était l’utilisation d’un modèle informatique pour estimer la croissance et le taux de reproduction de différents animaux du fond sur différents substrats. Des décennies de données collectées sur les océans ont été compilées dans un modèle qui a été publié l’an dernier.

Les auteurs avancent que combiner les données de localisation des chalutages, des campagnes sur les invertébrés et le modèle de régénération benthique «  va permettre aux gestionnaires de l’environnement d’identifier quelles régions et quels taxons sont les plus soumis au risque d’un régime de chalutage non durable ». Vous pouvez voir les résultats ci-dessous. 

Figure 3 from Mazor et al. 2020. Trawling footprints around the world.
Carte du statut benthique moyean sur 13 cas d'études. Pour chaque région, n est le nombre total de groupes benthiques évalués. Les graphiques camemberts représentent la proportion des groupes de benthos avec un statut benthique particulier - coloré en fonction du camembert général des statuts benthiques moyens. Le rouge signifie que l'abondance du groupe est entre 90% et 95% de ce qu'elle aurait été en l'absence de chalutage, l'orange qu'elle est entre 94.5 et 96.5% et ainsi de suite. D'après Mazor et al. 2020

La figure montre que dans la plupart des régions de l’étude il y a peu d’invertébrés effondrés de plus de quelques pourcents, excepté en Europe. Cependant, ce qui est montré est le statut moyen. L’espèce la plus appauvrie était appauvrie de 14 % à cause du chalutage. D’après l’article :

 

Il est important de noter que nous avons seulement considéré 8 classes taxonomiques courantes et que nous n’avons pas inclus d’habitats biogéniques ou la plupart des types d’organismes coloniaux (p. ex. bryozoaires, porifères et hydrozoaires).

D’autre part, des sites individuels dans ces régions pouraient être bien plus impactées. En général (comme montré dans Amoroso et al. 2018), la plupart de l’effort de chalutage se concentre dans quelques zones, et la plupart des fonds demeurent non chalutés. 

Vous pouvez aussi remarquer que la plupart des zones de l’étude sont au large des côtes des pays riches. Collecter le type de données nécessaire à ce type d’analyse est coûteux. Les pays les plus riches peuvent aussi se permettre de dépenser plus dans la gestion des pêches, alors elle est souvent meilleure. Un bon système de gestion commencera par restreindre le chalutage de fond dans les zones sensibles, les résultats en Amérique du Nord et en Océanie ne sont pas surprenants (bien qu’ils le soient pour l’Europe).

Le manque de données dans différents endroits du monde est très inquiétant. Sans les financements et la capacité de suivre et gérer leurs ressources naturelles, beaucoup d’endroits du monde sont très certainement en train de pratiquer un chalutage de fond destructif et non durable. Les ONGs devraient se focaliser pour développer une capcité scientifique et de gestion dans ces zones plutôt que de pousser pour des exclusions unilatérales contre-productives. Mazor et al. 2020 est une preuve forte que lorsqu’il est bien géré, le chalutage de fond peut être durable.

Image de Max Mossler

Max Mossler

Max is the managing editor at Sustainable Fisheries UW.

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