Devrions-nous fermer la haute mer à la pêche ?

Partie I sur IV

Par Gretchen Thuesen

 

Fermer la haute mer à la pêche est un sujet de contentieux qui est débattu dans les journaux internationaaux sur la pêche et au sein des politiques. Deux articles récents suggèrent des bénéfices majeurs liés à la fermeture de la haute mer. Un article de 2014 de White et Costello avance que fermer complètement la haute mer (HM) à la pêche permettrait une augmentation >100% des profits de la pêche, une augmentation >30% des rendements de la pêche, et une augmentation >150% en termes de conservation des stocks de poisson. Pour faire court, cela génèrerait “de plus grands bénéfices pour la pêche et la conservation qu’une HM ouverte à la pêche.” Un autre article de Sumaila et collègues en 2015 a examiné les changements potentiels en termes de capture mondiale résultant de la fermeture de la HM et a trouvé que “fermer la HM pourrait être neutre en termes de captures tout en pouvant réduire de 50% les inégalités en termes de répartition des bénéfices de la pêche entre les pays maritimes.”

Nous avons regroupé les réponses (initialement à partir d’une chaîne d’emails) d’un groupe d’experts sur les questions liées à la fermeture de la haure mer à la pêche et nous avons ensuite résumé les éléments principaux en quatre questions:

  1. Devrions fermer la haute mer à la pêche ?
  2. Raisons de fermer la haute mer
  3. Fermer la haute mer – implications possibles et conséquences
  4. Alternatives à la fermeture de la haute mer – autres stratégies possibles et conséquences

Devrions-nous fermer la haute mer à la pêche ?

Impressions générales

“Dans son ensemble, c’est un sujet très complexe,” dit Sidney Holt. “Mon choix est un moratorium sur toute la pêche en haute mer, pas une interdiction totale, jusqu’à ce que les Nations Unies – et d’autres entités telles que l’UE – modifient leurs cibles de gestion de façon à ce que l’intensité de pêche soit réduite (F-RMD) afin de permettre que la pêche durable soit rentable et aussi moins destructrice pour les écosystèmes marins dans leur ensemble.” L’opinion du Dr. Holt est basée sur le caractère inadéquat de nos connaissances et procédures, à la fois sur le plan scientifique et politique. En d’autres termes, “jusqu’à ce que nous puissions changer la règle de base (la dépendance au RMD), la pêche en HM devrait être mise en pause. D’autre part, l’importante intensité de pêche liée à la règle du RMD est généralement néfaste en termes d’écologie” dit le Dr. Holt.

Par ailleurs, George Rose pense que “la notion de banissement de toute pêche de la haute mer est politiquement impossible et n’est peut-être pas justifié scientifiquement. Une meilleure solution serait d’améliorer la réglementation de TOUTE la pêche (et oui, avec beaucoup de fermetures) mais nous devrions être plus préoccupés par les autres facteurs majeurs qui vont impacter la pêche dans le siècle à venir (changement climatique et acidification, pollution, demande en produits de la mer excessifs liés à l’augmentation de la population humaine)” dit-il.

Commentaires liés à la géographie

Les réponses à l’acceptabilité de la fermeture de la haute mer varient en fonction de la géographie et était liées à la reconnaissance que toute les zones de HM ne sont pas créées égales. En d’autres termes, beaucoup de zones de HM sont « tout à fait différentes », dit Sidney Holt.

Exemples de géographies qui supportent la fermeture de la HM

“Les parties de l’accord de Nauru (Parties to the Nauru Agreement, PNA) dans cette région on mis en place dans leurs licences quelque chose qui est proche d’une fermeture de la haute mer à la pêche, où ils ne donneraient de license aux senneurs pour qu’ils pêchent dans dans leurs ZEEs que si les pays correspondant au pavillon sont d’accord pour ne pas pêcher en haute mer” dit John Hampton. “La Commission de Pêche dans le Pacifique Ouest et Central a aussi mis en place des fermetures de deux poches en haute mer à la pêche à la senne, il y a donc un précédent pour celà dans le Pacifique Ouest.”

Dans l’hémisphère Nord, “La notion de fermeture de toute la haute mer à la pêche rencontre un peu d’attraction pour la côte Est du Canada, car il éliminerait l’effort de pêche (largement européen) de l’Organisation des Pêches dans l’Atlantique Nord-Ouest (Northwest Atlantic Fisheries Organizations, NAFO) aux extrémités Est et Ouest du Grand Bank (stocks chevauchant) et au cap Flemish,” dit George Rose. “Cela aiderait probablement à la reconstruction de la morue Nordique (pas un stock chevauchant mais il bouge à l’extrémité Est de temps en temps) et de la morue du Grand Bank (complètement chevauchant) et d’autres stocks car cela réduirait l’effort de pêche et la mortalité par pêche. On se plait à penser que ces stocks se porteraient mieux sous une gestion canadienne, bien qu’il n’y ait aucune certitude de cela. Mais quoi qu’il en soit, je pense que réaliser cela nécessiterait plus qu’un miracle.”

Exemples de géographies qui s'opposent à la fermeture de la HM

Bannir la pêche de la HM “éteindrait la pêche à la palangre Hawaïenne (HI LL),” dit John Sibert. “Le Monument National Marin Papahānaumokuākea excluera probablement toute pêche commerciale des Îles Hawaïennes du Nord-Ouest (Northwestern Hawaii Islands, NWHI). La pêche à la palangre est aujourd’hui contrainte spatialement au sein des Îles Hawaïennes Principales (main Hawaiian Islands, MHI). Les zones de pêche de haute mer sont la seule option pour la flottille HI LL qui s’apeure. Je suspecte que la même chose est vraie pour les palangriers qui opèrent dans d’autres zones des USA, particulièrement sur la côte Ouest.

Lisez le reste de la série:

Ceux qui apparaissent dans la discussion:

Martin Hall

Responsable des programmes sur les captures accessoires et de l’accord sur le Programme International de Conservation de la Commission Inter Americaine sur les thons tropicaux (Inter-American Tropical Tuna Commission, IATTC) depuis 1984.

Sidney Holt

Auteur de “On the Dynamics of Exploited Fish Populations” publié en 1957; A travaillé pour la FAO en 1953 et avec d’autres agences des Nations Unies pendant 25 ans.

George Rose

Retraité; Ancien responsable du Groupe de Conservation des Pêches et directeur du Centre pour la recherche sur les écosystèmes de la pêche (Centre for Fisheries Ecosystems Research, CFER); A travaillé sur les pêcheries de Terre-Neuve et du Labrador pendant presque 30 ans.

John Hampton

Gestionnaire du Programme des Pêches Océaniques (Oceanic Fisheries Program, OFP) à la communauté du Pacifique (CPS); Il a 30 ans d’expérience sur l’évaluation de stock des thons, et travaille aujourd’hui sur le développement et l’application du modèle d’évaluation MULTIFAN-CL.

John Sibert

Gestionnaire de programme of du programme de recherche sur les pêches pélagiques (Pelagic Fisheries Research Program, (PFRP), au Joint Institute of Marine Research de l’Université de Hawaii à Manoa; 40 ans d’expérience en recherche scientifique sur la mer, la plupart impliquant l’analyse quantitative de systèmes complexes en utilisant des modèles statistiques non-linéaires.

Chris Costello

Professeur d’économie des ressources naturelles, Bren School UCSB; Research Associate, National Bureau of Economic Research

Ernesto Penas-Lado

Directeur pour le développement des politiques et la coordination au directorat général pour les affaires maritimes et la pêche de la commission européenne depuis 2010; il a rejoint la commission européenne en 1986.

Alfred "Bubba" Cook

Gestionnaire du programme pour le thon du Pacifique Ouest et Central pour l’initiative de pêche intelligente de WWF (Smart Fishing Initiative); 13 ans d’expérience à travailler en conservation et gestion des pêches.

John Musick

Professeur Émérite au Virginia Institute of Marine Science (VIMS).

Petri Suuronen

Expert des pêches au département des pêches et de l’aquaculture de la FAO, Branche des opérations de pêche et de la technology (Fishing Operations and Technology Branch, FIAO) depuis 2009; Ancien directeur de recherche à l’Institut de Recherche Islandais pour la chasse et la pêche pendant 12 ans.

Dave Fluharty

Professeur associé à l’Université de Washington, École des affaires maritimes et environnementales depuis 2009; A dirigé et participé à de nombreux bureaux et comités pour, entre autres, la NOAA et le Conseil de Gestion des Pêches du Pacifique Nord et a été consultant pour des projets depuis l’Afrique de l’Ouest jusqu’à la mer Jaune.