Les données que les responsables politiques utilisent pour prendre des décisions sur la conservation des océans doivent être clarifiées. Par défaut, l’objectif de la gestion des pêches est souvent d’avoir des pêcheries « pleinement exploitées », ce qui signifie que les populations de poissons sont pêchés avec une intensité durable tout en produisant sur le long-terme la quantité maximale de nourriture.
Cependant, le terme « pleinement exploité » a souvent une connotation négative dans les esprits des journalistes, des politiciens et de monsieur tout-le-monde.
La liste rouge des espèces menacées de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) est plus simple à interpréter. Elle évalue le statut de conservation des animaux, des plantes et des champignons et ses évaluations sont très connues, e.g., elles sont inclues dans Wikipedia:
Sur la liste rouge de l’UICN, le statut de conservation des espèces (de la gauche vers la droite ci-dessus) peut être éteint, éteint dans la nature, en danger critique, en danger, vulnérable, presque menacé, ou de moindre préoccupation.
La liste rouge de l’UICN fournit un état des lieux de la conservation, mais ses évaluations sont peu fréquentes et peuvent rapidement devenir obsolètes. Ces dernières années, les scientifiques ont développé un Indice de Liste Rouge (ILR) pour certaines espèces, qui rend compte du risque d’extinction au cours du temps.
Un article publié le mois dernier dans Science rend compte d’un ILR pour différentes espèces de thons, de poissons porte-épées et de requins, mais les auteurs ont fait un pas supplémentaire et ils ont développé un Index de Liste Rouge Continu qui donne aux responsables politiques une information en temps réel sur l’état de conservation. D’autre part, ils ont calculé comment l’ajustement de la pression de pêche change l’état de conservation ILR de différentes espèces, afin que les gestionnaires sachent comment les décisions de gestion des pêches impacteront l’état de conservation de requins, thons et porte-épées, qui sont écologiquement et économiquement importants.
Le statut des thons, porte-épées et requins
Les chercheurs ont trouvé que les thons et les porte-épées suivent la tendance générale des pêcheries mondiales des 70 dernières années: une augmentation de la pression de pêche des années 1950 aux années 1970, surpêche pendant les années 1980 et 1990, puis rétablissement et stabilité les dernières décennies grâce à la gestion des pêches décidée et mise en place dans les années 1990 et au début des années 2000. Les requins n’ont pas été aussi bien gérés et continuent à être dans un état de conservation moins bon.

La figure 1A de Juan-Jordá et al. 2022 ci-dessous montre comment l’ILR spécifique au niveau mondial (A dans la figure ci-dessus) suit de façon très proche les changements de mortalité par pêche pour 52 populations de thons, de porte-épées et de requins sur les 70 dernières années. C’est important car d’après les chercheurs ceci fournit aux décisionnaires un jeu d’indicateurs d’état de pression pour suivre la santé de la biodiversité océanique. Il est possible de voir comment la gestion des pêches décidée dans les années 1990/ début 2000 a mené à un rétablissement et à des améliorations écologiques.

Statut dans le contexte mondial
Juan-Jordá et al. 2022 compare leur ILR pour les thons, les porte-épées et certains requins (en bleu sombre ci-dessous) à d’autres ILR disponibles.

Les thons et les porte-épées sont les seuls taxons majeurs à montrer une amélioration: il a été montré qu’une gestion des pêches effective a fonctionné sur les 20 à 30 dernières années. Malheureusement, plusieurs espèces de requins et de raies sont situées dans des zones en développement qui ne peuvent pas avoir un suivi et une gestion des pêches. Développer les moyens de gestion dans ces zones est une priorité de conservation vitale, étant donné que la majorité des pêches qui sont gérées sont en bonne santé ou bien en rétablissement.
De nombreux requins souffrent aussi d’une réglementation des captures accessoires (accidentelles) inadéquates. Les auteurs mettent en lumière que les captures accessoires de requin est un secteur pour lequel presque tous les programmes de gestion des pêches peuvent s’améliorer. Un article publié plus tôt cette année montre comment la gestion dynamique des pêches peut améliorer de façon significative le taux de capture accessoire pour plusieurs espèces, certaines d’entre elles étant des thons et des porte-épées.
Juan-Jordá et al. montre comment comment une gestion des pêches effective se compare à presque tous les autres types de gestion. Beaucoup d’espèces terrestres ont décliné à cause de la perte d’habitat liée au conflit avec le besoin d’espace pour l’humanité. En contraste, la menace la plus significative sur la biodiversité des océans est liée au carbone: le changement climatique et l’acidification sont, de loin, les menaces les plus importantes pour les récifs coralliens.
Les animaux plus mobiles des océans se déplacent vers les pôles à la recherche d’eaux plus fraiches, ce qui crée de nouveaux conflits qui menacent les espèces. Il y a toujours du travail pour la conservation des requins, mais la science est connue—c’est juste une question d’implémentation d’une gestion des pêches effective.
Max Mossler
Max is the managing editor at Sustainable Fisheries UW.



