Les emmaillages de baleines franches de l’Atlantique Nord mènent Seafood Watch à noter le homard américain (et d’autres pêcheries) comme « À éviter”

Le 7 Février 2022, le programme d’observation des produits de la mer, Seafood Watch, a proposé 14 brouillons d’évaluation de pêcheries pour refléter les interactions récentes dans les pêcheries canadiennes et des États-Unis avec la baleine franche de l’Atlantique Nord en danger critique. Les brouillons des évaluations proposent de déclasser toutes les pêcheries de homard américain (Homarus americanus), toutes les pêcheries de crabe des neiges de l’Atlantique (Chionoecetes opilio), et toutes les pêcheries de cabillaud de l’Atlantique (Gadus morhua) au Canda et aux États-Unis avec une note (rouge) « À éviter » à cause de problèmes d’emmaillages avec ces baleines en danger.

D’après la NOAA, il reste moins de 350 baleines franches de l’Atlantique Nord; les emmaillages avec des engins de pêche et les collisions avec des bateaux de pêche sont les principales causes de mortalité. Une étude de 2012 a trouvé que plus de 80 pourcent des baleines franches de l’Atlantique Nord se retrouvaient emmaillées dans un engin de pêche au moins une fois au cours de leur vie.

Nous avons couvert ce problème en 2020 dans le sillage de la suspension de la certification MSC pour la pêcherie de homard du Golfe du Maine. Cette suspension déclenchée par les baleines a finalement été levée et la certification a été réinstaurée en Septembre 2021, mais le problème avec la baleine franche de l’Atlantique Nord persiste. Ces changements dans les notes de Seafood Watch ont été repoussés, mais ils étaient inévitables.

Ceci va principalement impacter les pêcheries de homard américain qui n’existent que dans la gamme d’habitat de la baleine franche de l’Atlantique Nord et qui utilisent les casiers qui sont associés à de nombreux emmaillages récents. Les grands acheteurs de produits de la mer de l’Amérique du Nord comme Whole Foods, Disney, Red Lobster, et Albertsons intègrent les notes de Seafood Watch dans leur politique d’approvisionnement de produit de la mer durable. Pour de nombreuses entreprises, la bonne pratique est de s’approvisionner en homard américain auprès de sources certifiées MSC qui peuvent vérifier leur chaine de contrôle. Ceci pourrait devenir trop cher alors que la demande change, tout en pénalisant les récolteurs et fournisseurs de homard américain qui ne peuvent pas engager les frais associés avec la certification officielle de la chaîne de contrôle.

Même pour les détenteurs d’une certification MSC active—les pêcheries de homard américain ou d’autres inclues dans ces changements de note—une autre suspension ou un arrêt de pêche est un souci majeur. La certification MSC du homard du Golfe du Maine a été suspendue parce que le Centre de Diversité Biologique (Center for Biological Diversity) a poursuivi le Service National des Pêches Maritimes (National Marine Fisheries Service, NFMS) pour avoir échoué à protéger les baleines franches de l’Atlantique Nord, violant ainsi la Loi sur les Espèces Menacées (Endangered Species Act, ESA). Finalement, le NMFS et l’État du Maine ont publié de nouvelles réglementations pour améliorer la protection des baleines franches de l’Atlantique Nord et ont gagné le rétablissement de leur certification. Mais comme Colleen Coogan, coordinateur de l’équipe sur la réduction des captures de mammifères marins de la NMFS nous l’a expliqué en 2020, “Même une mortalité par an est de trop pour cette espèce.” Une déclaration publique d’emmaillage pourrait déclencher une autre action en justice et menacer la certification une nouvelle fois.

Au Canada, la certification MSC du Golfe du Saint Laurent n’a jamais été suspendue, malgré de plus nombreux évènements d’emmaillages déclarés dans ces eaux que dans celles du Golfe du Maine. Cependant, la pêcherie lucrative émergente de crabe des neiges dans le Golfe du Saint Laurent a été fermée pour minimiser les emmaillages de baleine franche de l’Atlantique Nord, et a retiré sa candidature à la certification MSC en 2021, essentiellement sacrifiée pour préserver la pêcherie de homard.

Ces changements de notes de Seafood Watch ratings sont proposés en conjonction avec la période de révision pour la nouvelle version du standard MSC. Un élément qui doit être révisé dans le nouveau standard est la définition d’espèce en danger, menacée et protégée (endangered, threatened, protected, ETP). Pour l’instant, les considérations sur les espèces ETP dans les processus de certification du MSC dépendent de la loi du pays sur les espèces en danger pour prendre une décision. Si cette loi (aux États-Unis ce serait la ESA, au Canada ce serait la loi sur les risques sur les espèces, etc.) est violée, la certification MSC ne sera pas obtenue. La version 3 proposée du standard MSC ne semble pas modifier ce mécanisme, mais il semble élargir la définition d’une espèce ETP et ajouter d’autres considérations. En plus, la version 3 a ajouté de nouvelles exigences pour minimiser les engins fantômes. Les pêcheries qui ont tendance à perdre des engins doivent maintenant avoir un plan clair pour diminuer et récupérer le matériel en mer. Les pêcheries au casier seront particulièrement dans le collimateur pour ces considérations. Tout ceci constitue de nouveaux défis pour ces certifications MSC de l’Atlantique Nord qui sont déjà précaires.

La réponse des grands acheteurs de produits de la mer avec une politique de durabilité sera intéressante à suivre dans les mois qui viennent. Les modifications du standard MSC ne seront pas finalisées avant le mois de Juin, et les nouvelles mesures ne seront pas mises en place avant au moins trois ans à partir d’aujourd’hui, d’après le webinaire sur la révision du standard MSC qui s’est tenu le 15 Février. Mais ces changements de Seafood Watch pourraient être publiés le mois prochain. Il faut s’attendre à ce que de plus nombreuses entreprises qui vendent du homard cherchent à obtenir une certification MSC de leur chaîne de contrôle cette année, pour tirer bénéfice de cette augmentation de demande. Malheureusement pour eux, le problème de la baleine franche de l’Atlantique Nord n’est pas résolu et le MSC sera soigneusement examiné pour voir si les pêcheries certifiées accélèrent le déclin de cet animal en danger critique.

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Jack Cheney

Jack has sourced, sold, cooked, and sustainably certified seafood over the past 15 years. In addition to his contributions to Sustainable Fisheries UW, he is working to increase traceability into supply chains and educate consumers, chefs and retailers on the value of environmentally sustainable seafood. He earned a Master's in Marine Affairs from the University of Washington in 2015.

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